Château-Renard

CHÂTEAU-RENARD

(Maurice Pignard-Peguet)

Histoire générale Illustrée du Loiret

            Cette terre de Château-Renard a une double histoire très intéressante : celle de son château haut, dit de Château-Renard, et celle de son château bas, dit de la Motte.

Ce dernier fut construit vers 910, par Fromont, comte de Sens, exilé, en ces lieux, par le roi, pour avoir outragé l’archevêque de Sens. Elevé aux bords de la rivière de l’Ouanne, il s’appela, d’abord, château de l’Ouanne, comme le berceau de la localité. Mais, en mourant, vers 950, Fromont laissa un fils fort beliqueux, surnommé Renard. Après avoir guerroyé, pendant sa jeunesse, contre les Saxons, l’empereur Othon et le roi Lothaire, qui avaient envahi la Champagne où régnait son parent Robert, Renard se retira au château de l’Ouanne qu’il trouvait mal situé. Avisant une hauteur, il éleva alors le château haut qu’il baptisa de son nom : Château-Renard, et il le donna à la ville. Ce guerrier s’éteignit à la veille de l’an mille. Un de ses descendants, Guy Renaud, épousa une comtesse de Joinville. Il apparut si puissant qu’en 1110, Louis VI le Gros ordonna qu’on rasât sa forteresse de Château-Renard. Mais elle fût reconstruite, avec l’autorisation de Saint-Louis, au siècle suivant, pour son petit-fils, Gauthier, qui eut, pour femme, Amicie de Montfort, retour de la Terre Sainte, fonda, en 1242, la chapelle du couvent des Dominicaines de Montargis. Le couvent avait été déjà fondé par elle, d’accord avec Gauthier II, avant leur départ pour la Palestine où celui-ci mourut. Elle devint, sur la fin de ses jours, abbesse de ce couvent qu’elle enrichit de ses biens personnels d’Amilly.

De l’union de Gauthier et d’Amicie était née une fille, Pétronille, qui porta le titre de comtesse de Joigny . Devenue veuve, en premières noces, d’un Courtenay, elle avait épousé, en seconde noces, Henri  II de Sully, dont l’un des descendants  fut bouteiller de France, sous Philippe de Long, et dont un autre échangea la seigneurie de Château-Renard avec Philippe le Bel qui la réunit à la couronne. Cette seigneurie fut donnée, par Philippe VI de Valois, en apanage, avec le duché d’Orléans, à son fils Philippe. C’est l’origine de la première maison d’Orléans qui monta sur le trône avec Louis XII. Le roi vendit, en 1513, le château haut au prévôt Desaut. François Ier fit recommencer l’adjudication. Il échut à Gaspard de Coligny, qui avait épousé, en 1437, Catherine Lourdin de Saligny, comtesse de Châtillon-sur-Loing, de la maison de Braque. Telle est l’origine des Coligny dans l’Orléanais.

Le maréchal, lui, avait épousé, en 1514, Louise de Montmorency, la sœur du fameux connétable catholique de ce nom et la mère de Anne-Gaspard II qui s’illustra sous le nom d’amiral de Coligny, à la tête des protestants. Devenue veuve Louise de Montmorency réunit sur sa tête, en 1531, les deux châtellenies du château haut et de la Motte, dit le château bas. En 1561, l’amiral de Coligny, ayant pris le titre de chef de la Réforme, installa un gouverneur protestant dans la forteresse de Château-Renard. Mais Barbezieux, capitaine des troupes royales, s’empara du château de Château-Renard en 1562. Après en avoir chassé les Huguenots, il pilla le château de la Motte et le démolit pour n’avoir pas à le défendre.Mais Louise de Coligny, fille de l’amiral, devenue veuve du prince d’Orange, le fît rebâtir, en 1609. Frédric, comte de Nassau, en avait posé la  première pierre. Il est tel aujourd’hui : un grand corps de logis flanqué de deux ailes avec deux massives tours sur la face orientale. Un pont, à l’Ouest, reste de l’ancien château, permet d’accéder à la cour d’honneur, qui est flanquée, au nord et au midi, de deux ailes basses que terminent deux petits pavillons, œuvre réalisée, en 1765, par Jean Fougeret. Il est construit en briques, sauf du côté du parc, où la pierre de taille règne.

Sous les seigneurs de la maison de Nassau, les paysans catholiques, encouragés par le comte de Saint-Pol, gouverneur de l’Orléanais, se défendirent à main armée contre les protestants et détruisirent en partie la nouvelle forteresse du château haut (1621). Louis XIII ordonna, en 1627, de la raser définitivement. De l’ancienne construction de Renard, il reste six tourelles dont deux commandent l’entrée. Un amas de murailles en blocage revêtu de silex donne sur la plaine ; il est défendu contre toute escalade par une butte entourée de fossés. A l’est, on voit une ancienne porte romane avec des restes d’une ancienne salle voûtée. On a conservé le titre de donjon à ces ruines au milieu desquelles sont l’église et un puits dont la margelle à trois mètres de diamètre.

La seigneurie de Château-Renard, dont la forteresse était rasée, passa, en 1658, de la maison de Nassau dans celle d’Amat, et de celle-ci, en 1680, dans celle d’Aquin, pour échoir, en 1755, au duc d’Orléans, puis à M.Fougeret qui la garda  jusqu’à la Révolution.

Jean de Fougeret, ancien capitaine au régiment de la Rivière et restaurateur du château de la Motte, porta sa tête sur l’échafaud. Ses descendants furent remis, plus tard, en possession du domaine qu’ils vendirent à M.Paul de Baert, marié avec Mlle Lamoignon de Malesherbes, la petite-fille du défenseur de Louis XVI. De Baert laissa une fille unique qui porta cette terre en dot à M.Lepelletier des Forts. Celui-ci mourut en 1861, laissant lui-même une fille unique qui, à son tour, porta la propriété en mariage dans la maison de Maleyssie.

M. le Comte de Maleyssie s’empressa de restaurer le château qu’il a laissé à sa fille. Cette restauration fut achevée en 1882.

Dans les salles du rez-de-chaussée de ce château historique, on voit deux magnifiques portraits des filles du célèbre avocat de Louis XVI : Mme de Rosambo, grand-mère de M.le comte de Lévis-Mirepoix, et Mme la baronne de Maubornier, grand-mère de Mlle de Maleyssie, propriétaire de la Motte. Plus loin, un tableau de Lourdes fait pendant à un portrait du premier prince d’Orange. Le portail, élevé sur un emmarchement de quelques degrés rongés par le temps, est du Xè siècle, au moins du XIè siècle. Son caractère roman de la deuxième période ne fait pas de doute. Les piliers trapus sans chapiteaux des deux chapelles latérales sont de la même époque. L’église a dû être agrandie au XIIIè siècle. Au XVI è siècle, l’église a été ruinée par les protestants. Il reste de cette église, à droite en entrant, quatre piliers ronds en pierre de taille et à chapiteaux. Elle a été reconstruite exactement sur l’ancien plan, car les piliers de gauche sont identiques aux piliers de droite.

D’après une inscription, placée au-dessus de la petite porte qui monte au clocher, l’église aurait été mise à pied d’œuvre dés 1574. Voici cette inscription dont nous respectons l’orthographe et la ponctuation : «  1574. En septembre, Me Esme : « Barnier Edme : Larousse et : Pie : Rebordat « Proviseurs : ont commencé : à : réédifier ceste « église ruinée par les rebelles. »

La tour, carrée, date de cette restauration. Elle a 35 mètres de haut et est surmontée d’un campanile. Le chœur et les autels sont du même temps. Mais, si l’on considère les baies, on constate qu’elles sont romanes à l’extérieur et ogivales à l’intérieur, ce qui indique une restauration intérieure, au XIIè ou au XIIIè siècle, lors de la naissance de l’ogive.

L’église a été de nouveau restaurée en 1862 ; mais, au lieu de restaurer la voûte en berceau du XVIème siècle, l’architecte crut devoir, comme pour d’autres églises, en faire une nouvelle en briques, moins élevée de trois mètres. Cette vôute, moins solide que l’autre, puisqu’elle se lézarde déjà, semble écraser la grande nef qui, sans se contretemps, eût été très élégante. Le chœur possède deux belles chapelles : l’une est dédiée à saint Vincent, l’autre à la Sainte-Vierge. En 1891, on a décoré celle-ci de fresques empruntées aux mystères religieux des catacombes.

Au lieu-dit le Prieuré, près de l’église, était le presbytère du curé. L’historien Anquetil fut nommé prieur-curé de Château-Renard, en 1766. La révolution l’y trouva. Il occupait, dans une tour, qui existe encore, un cabinet de travail dont on a respecté jusqu’à la disposition. C’est dans ce cabinet qu’il ébaucha son Histoire Universelle. Membre du Conseil Général de la ville, il usa de son influence auprès du gouvernement révolutionnaire pour obtenir, en faveur de ses paroissiens, une diminution d’impôts. Il fut fait droit à sa demande ? Nommé aussitôt à la cure de la Villette, alors hors de Paris, il fut emprisonné, pendant la Terreur, à Saint-Lazare, où il continua d’écrire son Histoire Universelle. Après la tourmente révolutionnaire, il devint membre de l’institut et archiviste-adjoint aux archives du ministère des Affaires étrangères. Il revenait néanmoins, chaque année, passer la saison d’été à Château-Renard qui lui rappelait tant de souvenirs.

Sur la demande de Napoléon Ier, il commença, en 1804, son Histoire de France. Il s’éteignit le 5 septembre 1808, à l’âge de 84 ans, sans avoir connu la maladie. Il avait l’esprit aussi lucide qu’au temps de sa maturité. La veille de sa mort, il avait encore travaillé à son bureau pendant dix heures et il avait dit, spirituellement, à un de ses visiteurs : « Venez voir un homme qui meurt tout plein de vie ».

 

Texte de Mr PIAT Michel